Il y a des joueurs comme cela qui marquent l'histoire d'un club. Et certains n'ont pas besoin de beaucoup de temps pour s'installer dans le c½ur de ses supporters. Vedran Runje, arrivé seulement il y a un an au RCL, sera probablement de ceux-là. Le gardien artésien, qui fut assurément la plus belle réussite du recrutement de l'été 2007, aurait très bien pu céder aux nouvelles modes footballistiques, celles qui consistent à louer l'amour du maillot tout en espérant aller exercer ses talents ailleurs. A l'heure où certains joueurs de Ligue 1 aiment à « entamer un bras de fer », voir à « aller au clash » avec leurs clubs, Runje a décidé d'assumer. Mercredi soir, avant de rencontrer Gervais Martel, le Croate nous expliquait son point de vue : « Ca ne me dérangerait absolument pas de rester ici. Lens est un bon club qui, malheureusement, a connu les déboires que l'on sait la saison dernière. Il y a cette descente en Ligue 2. Mais si nous sommes dans cette situation, c'est parce que nous sommes tous responsables. Je veux dire que, si on en est là, on y est tous pour quelque chose ». Des paroles teintées de sagesse et de fidélité.
Il ne restait donc plus qu'à se mettre autour d'une table et à discuter. Ce qui a été fait dans la soirée de mercredi. Visiblement, les négociations n'ont pas traîné en longueurs puisque les volontés de chacune des parties se rejoignaient : aider le Racing Club de Lens à remonter le plus rapidement possible en Ligue 1. Certes, Vedran Runje a eu « deux ou trois touches » depuis le 17 mai dernier et la descente entérinée du club minier. Mais il n'a jamais poussé réellement les discussions plus loin. Car il n'en avait pas foncièrement envie. Le challenge L2 n'était pas une contrainte pour lui. Juste un devoir vis-à-vis de ce « grand club » qu'est le RC Lens à ses yeux. Le seul point d'interrogation demeurait, évidemment, la position du Racing dans cette affaire. Sujet aux légitimes difficultés financières inhérentes à une relégation en Ligue 2, Lens ne pouvait se voiler la face : Vedran Runje, sous contrat jusque juin 2010, représentait une valeur marchande très intéressante en ces temps de vaches maigres. La cote du portier lensois est importante. Et il eut été irresponsable de ne pas se pencher sur le cas d'une offre mirobolante si celle-ci était arrivée. Or, Runje et son agent n'ont pas joué ce jeu-là. Ils ont laissé venir sans aller quémander. Monaco ou Paris, un temps intéressés, ont vite compris que l'homme se sentait bien en Artois. Alors, il restera Lensois.
Ce dossier, très épineux et qui monopolisait toutes les attentions depuis une bonne semaine, est réglé. Enfin, en ce qui concerne son protagoniste principal. Puisque, désormais, Lens compte quatre gardiens professionnels. Michel Ettorre, le coach des goals du RCL, nous confiait cette semaine : « Je suis heureux de retrouver Vedran. C'est un plaisir. Maintenant, il faut être clair : quatre gardiens, c'est trop pour le poste. Il faut songer, aussi, à l'épanouissement de chacun. Pour la progression d'un joueur, il faut qu'il joue. Et quatre gardiens, cela fait beaucoup ». Lens, qui a fait signer le jeune Kévin Goëman récemment et qui a déjà sous contrat Ronan Le Crom et Arnaud Brocard, va devoir trancher. Il semble tout de même que Le Crom soit en tête du rayon « départ possible ». L'ancien Troyen, qui aurait très probablement gardé les buts lensois si Runje s'en était allé, devrait avoir du mal à vivre une deuxième saison sur le banc. Les dirigeants lensois ne seront donc pas trop exigeants pour celui qui avait gardé les cages Sang et Or au Stade de France pour la finale de la Coupe de la Ligue. A l'ombre d'un géant croate, il n'y a pas de place pour tout le monde.